L'attaquant, arrivé en Turquie en janvier 2017, nous parle de son nouveau défi et évoque quelques souvenirs au cours d'une interview accordée en exclusivité à UEFA.com.

UEFA.com : Vous vous êtes engagé avec le Başakşehir en début d'année. Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre ce club, un club relativement jeune, malgré l'intérêt d'autres équipes ?

Emmanuel Adebayor : Je m'entraînais seul, au Togo, je n'avais plus de club depuis six mois. J'ai eu la chance de disputer la Coupe d'Afrique des Nations sans club, et puis j'ai reçu des offres de Turquie. J'étais en contact avec Beşiktas et Galatasaray, mais la proposition du Başakşehir m'a paru la plus intéressante.

Le discours du staff de Başakşehir m'a davantage convaincu. Ils m'ont fait confiance. Ils m'ont dit 'tu peux changer l'équipe, on se servira de ton nom pour faire venir d'autres grands joueurs'. Après six mois en Afrique, je n'avais qu'une envie : jouer.

Parlez-nous du match contre Séville [au premier tour éliminatoire de l'UEFA Champions League]. Vous êtes passés près alors que nombre de personnes vous voyaient déjà éliminés après le match aller.

Vous savez, Séville avait remporté cinq des sept dernières Europa League. Les deux années sans titre, ils ne disputaient pas la compétition. On perd 2-1 chez nous et on doit se rendre en Espagne pour le retour.

En Turquie, tout le monde pensait que c'était terminé, que ça ne valait même pas la peine de faire le déplacement. Mais nous n'avions rien à perdre. Il fallait jouer sans pression. Ça a été le cas et ça nous a beaucoup aidé. Nous avons très bien joué contre Séville et nous sommes passés très près [2-2]. Nous allons apprendre de ces matches.

D'après-vous, quelles sont les chances de Başakşehir en UEFA Europa League ?

Nous avons commencé par un faux pas avec le 0-0 contre Ludogorets à domicile. C'était un match compliqué mais c'était la première fois que l'équipe disputait l'Europa League. Nous progressons, nous apprenons chaque jour. Nous continuerons d'apprendre d'ici au déplacement à Braga.

Il y avait peut-être un peu de stress car nous étions devant notre public, mais nous avons une très bonne équipe et cinq autres matches de poule à disputer, nous avons notre destin en main. Hoffenheim, qui est le favori du groupe, a perdu contre Braga, donc ça reste très ouvert.

Vous avez joué pour de très grands clubs comme le Real Madrid, Arsenal, Tottenham, etc. Désormais vous êtes à Başakşehir. Vous voyez ça comme un tremplin pour relancer votre carrière, ou est-ce que vous savourez l'instant ?

Je savoure l'instant, je profite. Quand je ferme les yeux, je ne repense jamais à Arsenal, Manchester City, au Real Madrid ou à Tottenham. Je me revois toujours chez moi, et je vois ce garçon maigre qui marche dans la rue et je me dis que tout ce qui est arrivé depuis n'est que du bonus

Pour terminer, nous voudrions revenir quelques années en arrière, et évoquer le match que vous avez disputé avec le Real Madrid contre Tottenham en UEFA Champions League. Vous aviez marqué dès la quatrième minute de jeu. Vous vous en souvenez ?

Oui, je me souviens évidemment de ce match. Si je me souviens bien, j'ai marqué sur corner. Tiré par Ángel di María depuis la gauche si je me rappelle bien.

Pour tout vous dire, ce n'était pas un but facile. Je voulais prendre le ballon de la tête et permettre à un de mes coéquipiers - Cristiano Ronaldo, Mesur Özil ou Sami Khedira - de le mettre au fond, mais j'ai eu la chance de le mettre moi-même.

Quand tu joues un quart de finale d'UEFA Champions League au Santiago Bernabéu et que tu as la chance de mener rapidement au score, tu sais que le temps va sembler très long à ton adversaire.

Au cours de ce match, vous avez été remplacé à la 74e minute et avez eu droit à une standing ovation. Vous vous souvenez de ce que vous avez ressenti ?

Oui, c'était une très belle sensation. On ne parle pas d'un stade avec 13 ou 14 000 fans. Ce club peut compter sur 80, 90 voire 95 000 supporters. Et quand tu sais que ces 95 000 t'applaudissent toi, te félicitent, c'est une belle sensation.

C'était d'autant plus particulier pour moi. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça a donné dans mon pays. Là-bas, la moitié du pays est pour le Real, l'autre pour Barcelone donc c'était une soirée très spéciale pour moi. Impossible de compter le nombre d'appels que j'ai reçu après ce match.

Ce le genre de choses qui rend Madrid si important pour moi aujourd'hui. Si vous me demandez qui va remporter la Champions League, qui je veux voir remporter le trophée, je répondrais le Real sans hésiter. Il fait partie de moi et j'aime ce club.

Qu'est-ce qui rend les soirées européennes si particulières au Santiago Bernabéu ?

Avant d'entrer dans le bus, à l'hôtel, il y a 7 ou 8 000 personnes devant l'hôtel, c'est fou. Les matches débutent à 20h45, ce qui veut dire que généralement nous quittons l'hôtel vers 20h15, 20h30 car nous sommes assez près du stade et lorsque vous voyez les joueurs sortir et le bruit des fans devant l'hôtel, c'est tout simplement beau. Lorsque vous êtes dans le buts et que vous êtes sur le point d'arriver à Santiago Bernabeu, vous voyez le stade, vous voyez les supporters le long de la route et c'est un sentiment particulier.

Les gens qui ont vécu ces moments-là sont vraiment chanceux et je suis reconnaissant d'avoir pu connaître certains d'entre-eux, Karim Benzema, Cristiano Ronaldo, Marcelo, Sergio Ramos. Ce qu'ils vivent est fou, tout le monde veut être là, tout le monde veut jouer pour ce club fantastique. Pour moi, c'est c'est le meilleur club du monde, sans aucun doute. Et si tu joues avec ce club, même pour quelques mois - c'est le club dans lequel j'ai toujours voulu jouer et que dans lequel toute le monde veut jouer.