La CAN 2015 a livré dimanche son verdict. Au-delà de cette victoire au bout du suspense de la Côte d'Ivoire, quel bilan peut-on dresser de cette trentième édition ? Footafrica365.fr vous propose ses tops et ses flops. 



LES TOPS...

Hervé Renard, roi d'Afrique
Le grand vainqueur de cette CAN 2015, c'est lui. Appelé à prendre la succession de Sabri Lamouchi, Hervé Renard a accepté la proposition de la Côte d'Ivoire. A l'époque, en plein mercato estival européen, les candidats ne se bousculaient pas. Qualifiés laborieusement dans un groupe éliminatoire largement dominé par le Cameroun, les Eléphants sont arrivés à la CAN débarrassés de leur éternelle étiquette de grand favori. Sans les deux Didier (Zokora et Drogba), le technicien français a patiemment modelé son groupe, entre tâtonnement et conviction. Après deux matchs pas vraiment rassurants, le basculement s'opère face au Cameroun. Repositionné en meneur reculé aux côtés de l'inusable Serey Dié, Yaya Touré apporte enfin son écot au collectif. Le retour de Gervinho après sa suspension de deux matchs achèvera ensuite de rôder la machine. Comme avec la Zambie en 2012, Hervé "The Fox" aura optimisé ses deux grandes qualités : talent pour motiver et transcender les troupes, capacité à s'adapter aux événements et aux adversaires sans jamais les subir. L'Afrique a trouvé son maître.

Un Congo peut en cacher un autre
Pour les deux Congos, la CAN 2015 restera celle du renouveau. De retour en phase finale après quinze ans d'absences, les Diables Rouges sont sortis premiers d'une poule dans laquelle on ne donnait pas cher de leurs chances face au pays organisateur, au finaliste 2013 burkinabè et à l'ambitieux Gabon. Bien soudés autour du chevronné Claude Le Roy, les partenaires de Prince Oniangue ont échoué en quarts de finale face à leur grand voisin. Qualifiés pour le second tour pour la première fois depuis 2006, les Léopards ont fait durer le plaisir en traçant leur route jusqu'au dernier carré grâce à un renversant match poursuite. Classée troisièmes, la RDC a peut-être trouvé en Florent Ibenge le coach capable de recueillir en sélection les fruits du travail effectué par les grands clubs du pays.

De rares révélations, de belles confirmations
Footafrica365.fr vous proposera cette semaine son équipe type de la CAN 2015. Elle aura fière allure, mais quid des révélations ? Point de Hocine Achiou, de Gedo ou de Sunday Mba, ces joueurs locaux qui profitent de la CAN pour laisser leur talent éclater à la vue de tout un continent. Certes, Christian Atsu, Geoffrey Serey Dié ou Javier Balboa auront, chacun dans son style, su faire jaillir l'étincelle, mais ce sont des joueurs déjà rompus aux joutes européennes. On relèvera les prestations sans complexe du gardien congolais Christoffer Mafoumbi et de l'attaquant ghanéen Kwesi Appiah : issus des divisions inférieures de leur pays natal, les deux nouveaux venus ont globalement justifié la confiance placée en eux par leurs sélectionneurs respectifs. On ne terminera pas sans remarquer l'assurance de Sylvain Gbohouo, gardien ivoirien qui céda sa place pour la finale au futur héros Copa Barry. Ni sans saluer la qualité de jeu offerte par l'Afrique du Sud. Trop naïfs en défense (et privés de leurs meilleurs portiers), les Bafana Bafa nous auront séduit comme peu d'autres, à l'image du but splendide marqué par Mandla Masango contre le futur finaliste ghanéen.

Enfin des stades bien garnis
Organiser une Coupe d'Afrique en deux mois : le pari était risqué pour la Guinée Equatoriale. Il a été en grande partie réussi. Obligée de revoir ses exigences en matière de stades à la baisse, la CAF a pu constater avec soulagement que les deux petits stades de 5000 places situés dans l'intérieur des terres, à Mongomo et à Ebibeyin, n'ont jamais sonné creux. On gardera du premier tour le souvenir d'une belle ambiance, qui se gâta hélas quelque peu par la suite...


... ET LES FLOPS

M. Seechurn, le sifflet de la honte
Tout s'était pourtant globalement bien passé jusqu'alors, et l'on commençait à se dire que l'arbitrage africain était vraiment en train de grandir. Puis un match nous rappela que le combat était encore loin d'être gagné. Dans les ultimes secondes du temps additionnel de la rencontre entre la Guinée Equatoriale et la Tunisie, alors que les Aigles de Carthage s'orientaient vers une courte victoire synonyme d'accès aux demi-finales, l'arbitre Rajindraparsad Seechurn inventa un penalty providentiel pour les hôtes. Inutile de rappeler la suite... La colère des Tunisiens victimes de ce vol, l'indignation de la CAF et les sanctions en trompe l'oeil pour l'homme en noir (atteint par la limite d'âge, le Mauricien purgera sa suspension de six mois pour la forme avant de ranger son sifflet). Navrant.

La CAF ne se grandit pas...
On n'était hélas pas au bout de la consternation. Le plus accablant pour la Guinée Equatoriale était encore à venir. La défaite subie par le Nzamlang Nacional face aux Black Stars, pourtant logique, fit basculer une partie du public du Nuevo Estadio de Malabo dans la violence. Les supporters adverses essuyaient alors un feu nourri de divers projectiles (assiettes, objets métalliques, bouteilles, etc.). Conséquences : un match interrompu plus de trente minutes, des supporters ghanéens évacués sous haute protection, une intervention policière musclée pour « apaiser » les tribunes, le tout sous la surveillance bourdonnante d’un hélicoptère de la gendarmerie, en « stationnaire » une quinzaine de mètres au-dessus de l'enceinte. Le calme revenu, les violences se déplacèrent en ville, dans une atmosphère de chasse aux étrangers. Bilan de la soirée et de la nuit : 36 supporters ghanéens blessés, dont plusieurs grièvement. « C’est une chance qu’il n’y ait pas eu de mort », réagira le président de la Fédération ghanéenne, Kwesi Nyantakyi, avant de demander des sanctions sévères contre la Guinée Equatoriale. Peine perdue. Dès le coup de sifflet final, la CAF activait le mécanisme de relativisation des faits. Ordre fut d’abord donné aux journalistes de limiter leurs questions d’après-match à l’aspect strictement sportif de la partie. Le lendemain, l’instance annonça bien des sanctions à l’encontre du pays organisateur, mais celles-ci étaient fort clémentes : une amende de 100.000 dollars US (une broutille pour la Feguifut) et un match à huis clos pour le terrain de Malabo. Suite à des faits similaires, le stade Léopold Sedar Senghor de Dakar avait été suspendu pour une durée d’un an en 2013. Pire, l’annonce dans la foulée de décisions à l’encontre de la Tunisie (coupable d’avoir mis en cause l’honnêteté de l’arbitrage du quart de finale contre la Guinée équatoriale) et du Maroc (coupable d’avoir refusé d’accueillir la CAN 2015 aux dates prévues) arriva à point nommé pour noyer le poisson. Embarrassant, pour ne pas dire pire.

Des leaders aux ailes coupés
D'où vient ce sentiment de frustration souvent ressenti devant les matchs de cette CAN 2015 ? Pourquoi n'a-t-on pas davantage eu l'occasion de s'enflammer en suivant les 32 rencontres ? Livrons une explication partielle : les leaders offensifs attendus n'étaient pas forcément au rendez-vous. Arrivés à court de forme ou diminués, Yacine Brahimi (Algérie), Jonathan Pitroipa (Burkina Faso) et Sadio Mané (Sénégal) n'auront pas pesé sur les débats. Très intermittents, Yannick Bolasie (RD Congo), Pierre-Emerick Aubameyang (Gabon) ou Heldon (Cap-Vert) n'auront pas convaincu dans la durée. Sans parler de Gervinho (Côte d'Ivoire) qu'une suspension priva des deux derniers matchs de poule.

L'enjeu a parfois tué le jeu
Sur 32 matchs de cette phase finale, près de la moitié se sont achevés par des scores de parité, dont les deux finales, décidées aux tirs au but. Entre incapacité à tuer le match quand elles en avaient les moyens ou à tenir le score quand elles en avaient la volonté, les équipes n'ont pas toujours eu l'adresse et la maîtrise nécessaires. Cette incertitude peut aussi être vue comme le signe d'une plus grande maturité tactique et d'un nivellement des forces. Toujours la même histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide.

Patrick Juillard